L'énigme de la pierre Oeil-de-Dragon de He Jiahong, Ed de l'Aube (Aube noire)
Ici le héros est un avocat de Pékin qui est aussi détective à la manière des romans noirs américains, soutenu dans ce rôle par sa mignonne jeune collaboratrice Song Jia.
Le roman a des côtés très Rouletabille revu par Spielberg. Y est illustrée la superstition villageoise revue et corrigée successivement par les années rouges puis la nouvelle démocratie. Prétexte pour raconter des vies dont on dresse de brefs historiques lourds de passages difficiles, de frustrations, de désolation, mais chapeautés d'espoir et de renouveau. D'autant plus que le ton reste reste assez léger et qu'un peu d'humour jalonne l'histoire.
Un sujet bien plus grave touchant aux débordements technologiques sur l'environnement reste dans l'ombre jusqu'à la fin.
Extrait
"Mille pensées assaillaient Hong Jun (l'avocat-détective) tandis qu'il attendait, assis sur le siège arrière de sa voiture. L'homme, pensait-il, est capable de se fourvoyer de manière absurde de mille et une façons: c'est ce qu'on pourrait appeler "les domaines de l'errement humain". Dans une certaine mesure, on pourrait comparer ces domaines de la vie humaine aux terrains marécageux qu'on trouve dans la nature. Celui dont le comportement se dérègle peut encore se libérer s'il décide, le plus vite possible, de faire marche arrière; mais s'il est possédé, comme sous l'effet d'un charme, au point de perdre toute capacité de jugement, il ne peut que s'enfoncer encore et toujours jusqu'à un point de non-retour. Les domaines dans lesquels l'homme est capable de tous les excès sont légion: celui des richesses, celui du pouvoir ou bien des honneurs ou encore des plaisirs de la chair et autres objets de concupiscence. De plus, ces choses-là exercent sur l'homme une attraction et une fascination extraordinaire, auxquelles il lui est bien difficile de résister et qu'il est bien incapable de reconnaître comme telles. Certains cherchent par tous les moyens de se tenir à l'écart de ces terrains dangereux (ça me fait penser au film japonais Unloved mettant en scène Mitsuko, une jeune femme qui ne veut pas changer ni de classe ni de mode de vie) et d'autres y foncent, tête baissée, répétant ainsi, l'un après l'autre, la série des tragédies qui jalonnent la vie de l'homme ! En réalité, la vie n'offre pas à l'homme une infinité de solutions nouvelles, mais il appartient à chacun, selon sa nature, de répéter à sa façon l'histoire de ceux des générations qui l'ont précédé."