Je ne suis pas allée à la fête de la musique, trop fatiguée pour ça et la pensée de prendre quelques photos ne m'a même pas suffisamment motivée. Mon compagnon étant dans la même infâme disposition d'esprit, nous sommes restés à la maison comme d'hab.
Nos enfants étaient partis à droite à gauche, deux d'entre eux à Carcassonne. Depuis une heure, nos trois derniers qui vivent encore sous notre toit, ont tous réintégré la maison.
Passé la soirée en pointillés, entre assoupissements et distractions mollasses, de à regarder un film sur cassette que nous avions déjà vu, "Destination finale", écrit un peu sur un autre blog, lu un peu d'un roman vietnamien de Duong Thu Huong, Terre des Oublis, l'histoire d'une femme qui pour se conformer à ses obligations sociales rompt d'avec le mari qu'elle aime et dont elle a un fils pour revenir avec son premier mari qui avait été déclaré mort pendant la guerre, et qui revient au village, miséreux, malade et affamé de tout ce qu'il a perdu.
Lutte entre conformisme et liberté individuelle. Difficulté de saisir ce qui est réellement juste et qui justifie l'obligation morale, le sacrifice de soi et de ceux qu'on aime.
Les paysages paraissent sublimes, pleins d'une végétation grouillante, débordant de fleurs et de fruits.
Un extrait:
L'héroïne,Mién, mise face au dilemme, rester avec celui qu'elle aime ou repartir avec l'homme qu'elle avait épousé, adolescente, et pour lequel elle n'éprouve plus aucun sentiment, médite au sein de visions intenses qui font apparaître des armées de revenants, puis ses ancêtres en marche.
Les ancêtres s'avancèrent alors. Turbans de gaze, tuniques de soie, jupes tombant jusqu'à terre, légers, silencieux. Dans l'espace éclairé de lumières pâles, les manches larges et souples de leurs tuniques remuaient, incertaines, mêlant le violet funèbre au noir. La lumière blanchâtre d'une aube naissante, dans les ténèbres de forêts pourrissantes. Ils s'avançaient vers elle, majestueux et, lentement:
"Alors mon enfant, as-tu bien réfléchi ? L'être humain doit savoir se sacrifier pour payer une dette de reconnaissance. La femme décente doit d'abord apprendre à maîtriser ses désirs. Il est difficile d'agir selon la justice, mais nous devons savoir le faire. Le ciel a créé la femme pour qu'elle soit la poutre maîtresse de la maison, qui supporte le toit, pour que dans son lait, elle transmette notre humanité aux générations à venir. La femme qui ne sait pas se sacrifier, la femme sans noblesse et sans vertu ne remplit pas son devoir."
Appris dans ce roman, qu'après la guerre, au Viêt Nam, toute une propagande entraîna les jeunes filles des villages à épouser des invalides de guerre qu'elles n'avaient jamais vu jusqu'au mariage dont plusieurs étaient célébrés simultanément au sein d'une manifestation collective où l'on rendait hommage au sacrifice des soldats puis des jeunes femmes qui donnaient leur consentement.